Dépasser l’horizon de la dystopie. Est-ce un vœu raisonnable quand les guerres se multiplient, que les écarts de richesse se creusent, que nos valeurs s’antagonisent chaque jour un peu plus et que notre habitat même menace de s’effondrer sous la pression ? Je le crois.

Nous ne vivons pas une époque plus exceptionnelle que celles de nos ancêtres. À de nombreuses reprises dans son histoire, l’humanité a été mise à l’épreuve, des populations ont été décimées, des communautés ont cru être perdues pour toujours. Nous ne sommes pas les premiers à avoir peur, et nous ne sommes pas seuls. La menace qui pèse sur nous est terrifiante et la dégradation de nos conditions de vie paraît insoutenable de notre point de vue, de notre époque. Mais des générations naîtront et vivront malgré tout durant les décennies difficiles qui nous attendent, et au-delà. Nous avons une responsabilité envers elles.

J’ai fait le choix de ne plus contribuer à propager cynisme et fatalisme comme étant la manière « réaliste » de penser. Cette posture qui vise à se distancier de la réalité douloureuse de notre monde peut à première vue sembler intelligente. C’est une mesure de protection, qui donne le sentiment de s’élever au-dessus de la masse, et qui revêt en plus l’apparence de l’humour, marque d’un esprit fin. Pour moi, elle relève plutôt de la solution de facilité. Devrions-nous sortir le pop-corn, devrions-nous baisser les bras sous prétexte que « tout est foutu » (qui le décrète à part nous-mêmes) ?

Dans un système aussi complexe que la civilisation humaine, aucun changement ne peut advenir du jour au lendemain. Ce que nous percevons souvent comme des bouleversements de l’histoire ont été rendus possible par des siècles d’évolutions (organisationnelles, économiques…) dans nos sociétés : au moment de « l’événement », du point de bascule, c’est cette convergence de paramètres qui rend possible l’avènement d’une proposition nouvelle. Malgré l’urgence, nous ne devons pas montrer d’impatience, mais nous ne devons pas non plus attendre un miracle technologique, scientifique ou social. Nous devons plus que jamais continuer d’agir, construire, coopérer, organiser, penser les futurs possibles, imaginer des mondes meilleurs.

C’est dans cette optique que je déroule ma fiction. Je ne cherche pas à faire advenir l’utopie. Je veux simplement nous donner le courage de croire en l’avenir.